S'abonner

Produits structurés : un exemple d'autocall expliqué pas à pas

Un produit structuré comme l'autocall est un placement dont le remboursement et le gain dépendent de l'évolution d'un indice, selon des règles fixées à l'avance par l'émetteur. Nous déroulons un exemple fictif, pensé pour un épargnant de plus de 50 ans, afin d'illustrer trois issues possibles selon que l'indice progresse, stagne ou chute fortement.

Un couloir sobre aux murs clairs se termine par trois portes entrouvertes : la première laisse passer une lumière vive, la seconde une lumière tamisée, la troisième une quasi-pénombre, évoquant trois issues distinctes.

Qu'est-ce qu'un produit structuré, et comment fonctionne un autocall ?

Un produit structuré est une dette émise par une banque ou un établissement financier. À la différence d'une obligation classique, dont le remboursement et les intérêts sont fixés dès l'émission, le remboursement et le gain d'un produit structuré dépendent de l'évolution d'un actif sous-jacent, le plus souvent un indice boursier. Les règles qui déterminent ce remboursement, les dates de constatation, les seuils de déclenchement et les niveaux de protection, sont toutes fixées à l'avance par l'émetteur, avant même que l'épargnant souscrive.

Façade d'un immeuble bancaire parisien aux grandes baies vitrées.

L'autocall est l'une des familles les plus répandues de produits structurés. Son principe tient en une phrase : si une condition fixée à l'avance est remplie lors d'une date de constatation, le capital et le gain associé sont remboursés par anticipation, de façon automatique. Ce remboursement anticipé met fin au produit avant son échéance théorique, sans attendre la date finale. Pour comprendre en détail les mécanismes qui gouvernent ce fonctionnement d'un autocall, il faut distinguer les différentes familles qui coexistent sous cette appellation générique.

Parmi elles, les produits Phoenix se distinguent par l'ajout d'une barrière de coupon : ils peuvent distribuer un coupon même lorsque le produit n'est pas remboursé par anticipation, ce qui les différencie des produits Athéna, où le versement dépend uniquement du rappel. Les Phoenix peuvent également offrir une garantie du capital partielle ou totale à l'échéance, et appartiennent à la catégorie plus large des EMTN, ces titres de créance structurés émis par les banques. Le fonctionnement précis d'un produit structuré Athena mérite d'ailleurs un détour, tant les deux familles sont souvent confondues malgré leurs différences de versement.

Quel que soit le nom commercial retenu, un point reste commun à tous ces produits : l'épargnant peut perdre une partie, voire l'intégralité, de son capital si l'indice chute trop fortement à l'échéance. Ce risque de perte en capital n'est jamais nul, et il doit être évalué avant toute souscription, indépendamment des scénarios favorables présentés par ailleurs.

Pourquoi certains indices utilisés par les produits structurés intègrent-ils un décrément ?

Le décrément est un mécanisme de fixation d'un dividende forfaitaire sur des actions qui composent un indice. Un indice à décrément est une version synthétique d'un indice boursier classique, où un niveau de dividende fixe est retranché, et ce prélèvement s'opère quotidiennement plutôt qu'à chaque versement réel de dividende. Les banques recourent à ce mécanisme pour réduire leur propre risque sur la prévision des dividendes à venir, une donnée qui pèse directement sur le prix des produits structurés qu'elles construisent.

Ce dividende forfaitaire réduit mécaniquement la performance affichée du sous-jacent. Un décrément réduit habituellement la performance de l'ordre de 5 % ou 50 points d'indice sur l'année. Dans un marché baissier, cet effet se fait sentir plus durement encore : un décrément de 50 points sur un indice valant 500 points représente un prélèvement proportionnellement plus lourd. En contrepartie de ce prélèvement forfaitaire, les dividendes réellement versés par les sociétés qui composent l'indice sont réinvestis dans l'indice lui-même, ce qui ne compense pas nécessairement l'écart créé par le forfait.

Cette logique s'applique aussi aux actions prises individuellement. Les sous-jacents à décrément sont obtenus en soustrayant un décrément à une action classique, calculé en retirant un montant fixe de son cours. Si ce montant fixe est inférieur au dividende réellement versé par l'entreprise, le sous-jacent à décrément surpassera l'action classique. À l'inverse, si le décrément retenu est supérieur au dividende réel, le sous-jacent à décrément sous-performera par rapport à l'action d'origine.

Le risque principal de ces indices tient précisément à cette mécanique : une sous-performance par rapport aux indices classiques, qui ne se révèle pleinement que sur la durée. Un épargnant qui compare le niveau d'un indice à décrément à celui de l'indice dont il est dérivé doit garder ce biais en tête avant d'en tirer une conclusion sur la performance du sous-jacent.

Les hypothèses de notre exemple fictif d'autocall

Pour illustrer concrètement le fonctionnement d'un autocall, nous construisons un exemple entièrement fictif. Il ne correspond à aucun produit structuré réellement commercialisé, et les chiffres retenus n'ont qu'une valeur pédagogique : ils ne préfigurent en rien la performance d'un produit existant ni ne constituent une recommandation.

Hypothèses de l'exemple : 100 000 € investis, durée maximale de dix ans, constatation annuelle de l'indice, rappel automatique si l'indice est au moins égal à son niveau initial, gain de 6 % par année écoulée en cas de rappel, et protection du capital à l'échéance jusqu'à 40 % de baisse de l'indice.

Ces paramètres servent de socle commun aux trois scénarios qui suivent. Ils permettent de visualiser, à partir d'un même point de départ, ce que produit un rappel précoce, un rappel tardif, ou l'absence totale de rappel jusqu'à l'échéance. Nous les reprenons sans les modifier à chaque étape du calcul.

Il est utile de préciser que, dans ce type de montage, chaque date de constatation est un contrôle binaire : l'indice est soit égal ou supérieur à son niveau initial, soit inférieur. Aucune situation intermédiaire ne produit de versement partiel avant l'échéance ou avant un rappel. C'est cette mécanique de seuil qui explique pourquoi les trois scénarios suivants donnent des résultats aussi différents à partir d'hypothèses pourtant identiques.

Scénario 1 : l'indice rappelle le produit dès la première année

Dans ce premier scénario, la toute première constatation annuelle montre un indice au moins égal à son niveau initial. Selon les règles posées en hypothèse, cette seule condition suffit à déclencher le rappel automatique du produit.

Le calcul est simple à dérouler. Le capital initial de 100 000 € est intégralement remboursé. S'y ajoute un gain correspondant à une seule année écoulée, fixé à 6 % selon les hypothèses retenues, soit 6 000 €. L'épargnant reçoit donc 106 000 € au total, un an seulement après avoir investi.

Ce scénario met fin au produit dès ce premier contrôle : il n'y a ni deuxième, ni troisième constatation, puisque le mécanisme de rappel automatique clôt le produit dès que la condition est remplie. La barrière de protection à 40 % de baisse, elle, n'entre jamais en jeu dans ce cas de figure : elle ne s'applique qu'à l'échéance, pour un produit qui ne serait jamais rappelé, ce qui n'est pas le cas ici.

Ce scénario représente la situation la plus favorable à l'épargnant en termes de durée d'engagement, puisque son capital est mobilisé pendant une seule année. Il illustre aussi une limite du produit : un rappel précoce interrompt la possibilité de percevoir des gains supplémentaires les années suivantes, même si l'indice avait continué à progresser au-delà de son niveau initial.

Scénario 2 : le rappel intervient en cinquième année

Dans ce second scénario, l'indice reste sous son niveau initial à chacune des quatre premières constatations annuelles. Selon les règles posées en hypothèse, aucune de ces constatations ne déclenche de rappel : le capital investi n'est pas modifié, et aucun versement n'intervient pour l'épargnant pendant ces quatre années. Le produit continue simplement sa vie jusqu'à la constatation suivante.

À la cinquième constatation, l'indice retrouve enfin un niveau au moins égal à son niveau initial. Le rappel automatique se déclenche à ce moment-là. Le capital de 100 000 € est remboursé, auquel s'ajoute un gain cumulé correspondant aux cinq années écoulées depuis la souscription, soit 6 % par année écoulée selon les hypothèses retenues, soit 30 % au total, c'est-à-dire 30 000 €. L'épargnant perçoit donc 130 000 € au terme de cette cinquième année.

Ce scénario met en évidence un point souvent mal compris de l'autocall : les constatations intermédiaires sans rappel ne donnent lieu à aucun flux pour l'épargnant, ni positif ni négatif. L'absence de rappel ne signifie pas une perte, elle signifie simplement que le produit continue d'exister, sans que le capital investi soit affecté à ce stade. Le gain, lui, ne se matérialise qu'au moment où la condition de rappel est enfin remplie, et il intègre alors l'ensemble des années écoulées depuis le début du produit.

Scénario 3 : aucun rappel sur dix ans et un indice à -50 % à l'échéance

Dans ce troisième scénario, l'indice ne remonte jamais à son niveau initial pendant les dix constatations annuelles prévues par le produit. Aucun rappel ne se déclenche, ni en année 5, ni en année 8, ni à aucune autre date de contrôle. Le produit va donc jusqu'à son terme, sans avoir jamais été remboursé par anticipation.

Ciel d'orage sombre au-dessus des tours d'un quartier d'affaires.

À l'échéance, l'indice affiche une baisse de 50 % par rapport à son niveau initial. Cette baisse dépasse la barrière de protection fixée à 40 % dans nos hypothèses. Une fois ce seuil franchi, la protection ne s'applique plus de façon partielle : l'investisseur subit une perte en capital proportionnelle à la baisse réelle de l'indice, et non la seule part qui dépasse la barrière. Sur 100 000 € investis, une baisse de 50 % se traduit par un remboursement de 50 000 €, soit une perte de 50 000 € par rapport au capital initial.

Ce mécanisme explique pourquoi la barrière de protection est parfois mal comprise. Elle ne limite pas la perte à l'excédent au-delà du seuil : elle fixe simplement le niveau à partir duquel la perte devient proportionnelle à la chute entière de l'indice. Entre 0 % et 40 % de baisse, le capital initial reste protégé. Au-delà, c'est la totalité de la baisse qui s'applique au capital remboursé.

À retenir : la protection partielle du capital ne supprime pas le risque de perte, elle en déplace seulement le seuil de déclenchement.

Ce troisième scénario illustre le risque principal de ce type de produit structuré. Un épargnant qui souscrit un autocall espère un rappel précoce ou intermédiaire, mais doit accepter la possibilité qu'aucun rappel n'intervienne sur toute la durée de vie du produit, avec une perte en capital à la clé si l'indice chute fortement.

Le défaut de l'émetteur, un risque distinct de celui de l'indice

Les trois scénarios précédents raisonnent uniquement sur le comportement de l'indice. Ils laissent de côté un second risque, qui ne dépend pas de la performance du sous-jacent : celui de l'émetteur lui-même. Un produit structuré est une dette émise par une banque ou un établissement financier, le plus souvent sous la forme d'un EMTN. Même si l'indice se comporte favorablement, avec un rappel dès la première année ou une protection du capital respectée à l'échéance, l'épargnant ne reçoit son remboursement que si l'émetteur est en mesure d'honorer son engagement.

Ce risque de contrepartie se rattache directement à la durée de vie du produit. Un produit structuré est généralement conçu pour une durée de vie de huit à dix ans, et l'horizon d'engagement généralement recommandé avant l'échéance se situe entre 5 et 10 ans. Plus la durée est longue, plus la probabilité qu'un événement affecte la solidité financière de l'émetteur augmente, sans qu'il soit possible d'en mesurer l'ampleur à l'avance.

Il est utile de rappeler qu'aucun mécanisme interne au produit ne protège contre ce risque. La barrière de protection du capital à 40 % de baisse, posée dans nos hypothèses, ne joue aucun rôle face à une défaillance de l'émetteur : elle concerne uniquement l'évolution de l'indice, pas la capacité de la banque à rembourser sa dette. Un produit structuré souscrit auprès d'un émetteur en difficulté peut donc priver l'épargnant de son capital, quelle que soit la trajectoire de l'indice sous-jacent.

Que se passe-t-il en cas de sortie avant l'échéance du produit ?

Un épargnant peut souhaiter récupérer son capital avant qu'un rappel automatique ne survienne, ou avant l'échéance finale du produit. Cette sortie anticipée passe par le marché secondaire, sur lequel l'émetteur ou un intermédiaire propose de racheter le produit à un prix déterminé au moment de la demande.

Horloge murale et stylo posé sur une feuille blanche dans un bureau calme.

Cette opération suit des règles propres. Le délai d'exécution pour une sortie anticipée sur le marché secondaire est en général de 24 heures. En conditions normales de marché, la fourchette entre le prix de rachat et le prix de vente avoisine 1 %. Cet écart peut toutefois s'élargir fortement en cas de sortie anticipée : les spreads peuvent alors atteindre 1 % à 3 %. À cela s'ajoutent des frais de sortie anticipée appliqués en cas de rachat avant l'échéance, d'environ 1 %.

Le prix obtenu dans ce cas ne correspond donc à aucun des trois scénarios construits plus haut. Il dépend des conditions de marché au moment précis de la demande de rachat, de l'évolution de l'indice jusqu'à cette date, et des spreads appliqués ce jour-là. Un épargnant qui envisage de sortir avant l'échéance doit garder en tête que ce prix peut s'écarter sensiblement du montant qu'il aurait perçu en attendant un rappel ou l'échéance finale.

Quels frais et quelle fiscalité pèsent sur un produit structuré ?

Les trois scénarios présentés plus haut raisonnent sur un capital de 100 000 € intégralement investi. En pratique, une partie de ce montant sert à rémunérer les différents intervenants qui construisent et distribuent le produit. Les frais de souscription d'un produit structuré peuvent atteindre 6 % du montant investi, ce qui correspond à un prix d'émission de 94 % du nominal. Ces frais globaux se répartissent ensuite entre plusieurs acteurs.

BénéficiairePart des frais de structuration
Banque émettrice30 à 50 %
Broker10 à 20 %
Conseiller financier20 à 50 %
Dépositaire5 à 15 %

Ce tableau donne des ordres de grandeur, variables d'un produit à l'autre. Il montre que le conseiller financier qui distribue le produit peut percevoir une part aussi importante que celle de la banque émettrice, ce qui explique en partie pourquoi les frais de souscription pèsent autant sur le capital investi dès le départ.

Ces frais s'apprécient différemment une fois ramenés à la durée du produit. Dans un exemple portant sur une maturité de 12 ans, les frais globaux de structuration atteignent 6,31 %, soit environ 0,53 % par an une fois lissés sur la durée. Les frais de souscription, pris isolément, représentent dans ce même exemple environ 0,58 % par an une fois lissés.

La fiscalité applicable à un produit structuré suit celle de son support de détention, qu'il s'agisse d'un compte-titres ou d'un contrat d'assurance vie. Elle dépend également de la nature des revenus perçus, qu'ils soient qualifiés de revenus mobiliers, comme des coupons d'actions ou d'obligations, ou d'une autre nature. Un produit structuré détenu dans un contrat d'assurance vie n'est donc pas imposé selon les mêmes règles qu'un produit détenu en direct, ce qui mérite d'être vérifié avant toute souscription.

Questions fréquentes

Peut-on loger un produit structuré dans un PEA ou une assurance-vie ?

Oui, un produit structuré peut être détenu via un compte-titres ordinaire, un PEA ou un contrat d'assurance-vie, selon l'enveloppe choisie par le distributeur qui le commercialise. Le choix de l'enveloppe change la fiscalité applicable aux gains perçus, puisqu'elle suit les règles propres à chaque support plutôt qu'un régime fiscal unique attaché au produit lui-même. Il convient donc de vérifier l'enveloppe proposée avant de souscrire, et pas seulement les caractéristiques de l'indice sous-jacent.

Quel est le ticket d'entrée minimum pour souscrire un produit structuré ?

Le montant minimal d'investissement varie selon l'émetteur et le distributeur qui commercialise le produit, et aucun seuil universel ne s'applique à l'ensemble du marché. Certains produits sont accessibles à partir de quelques milliers d'euros via un contrat d'assurance-vie, d'autres exigent des montants plus élevés sur un compte-titres direct. Ce ticket d'entrée figure dans la documentation commerciale remise avant souscription, qu'il faut consulter au cas par cas.

Un produit structuré est-il garanti par un fonds de garantie des dépôts ?

Non, un produit structuré n'est pas couvert par un mécanisme de garantie des dépôts comparable à celui qui s'applique à un compte bancaire. Il s'agit d'une dette émise par une banque ou un établissement financier, et son remboursement dépend de la solvabilité de cet émetteur au moment de l'échéance ou du rappel. En cas de défaillance de l'émetteur, l'épargnant peut perdre tout ou partie de son capital, indépendamment de la performance de l'indice sous-jacent.

Un produit structuré est-il considéré comme un placement risqué par le régulateur ?

Les produits structurés sont des instruments financiers complexes, soumis à une réglementation qui impose une information précontractuelle détaillée sur leurs risques, notamment via un document d'informations clés remis avant souscription. En France, leur commercialisation s'inscrit dans le cadre de contrôle de l'AMF pour les aspects liés aux marchés financiers. Cette réglementation encadre l'information fournie, mais ne supprime ni le risque de perte en capital ni le risque de défaillance de l'émetteur.

Les informations publiées ne constituent pas un conseil en investissement. Investir comporte un risque de perte en capital.